LA PATROUILLE DE FRANCE À GATINEAU

UN SPECTACLE AÉRIEN UNIQUE EN SON GENRE!

Après avoir accompli sa tournée aux États-Unis et volé avec les patrouilles américaines des Blue Angels et des Thunderbirds, puis après avoir survolé les quatre coins des É.-U. au-dessus d’endroits mythiques comme la statue de la Liberté à New York, le pont de la baie de San Francisco et le Grand Canyon en Arizona, la Patrouille de France (PAF) est venue voler avec les Snowbirds des Forces canadiennes dans le ciel de Gatineau-Ottawa le dimanche 30 avril dernier. Sa feuille de route canadienne incluait aussi le survol de Toronto, des chutes du Niagara, de Montréal et, bien sûr du Parlement à Ottawa.

La PAF était venue aux États-Unis afin de célébrer le centenaire du ralliement des Américains aux Alliés en 1917. Étant donc sur le continent nord-américain alors que nous célébrons cette année le 150e anniversaire du Canada et que des liens étroits unissent la France et le Canada, l’occasion devint trop tentante de les inviter à venir fêter avec nous et marquer le 100e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy, considérée comme la plus importante victoire canadienne ainsi qu’un événement fondateur de l’unité canadienne. Cette bataille constitua un véritable tournant de la Première Guerre mondiale, bien qu’au fort prix de 10 500 morts et blessés, les Canadiens réussirent à reprendre cette crête aux Allemands, l’un des rares points culminants de cette région du nord de la France. Le projet d’inviter la Patrouille de France mûrissant dans l’esprit du fondateur des Ailes d’époque du Canada (AEC), monsieur Michael Potter, rapidement l’organisation de créer un spectacle aérien unique en son genre se mit en marche.  Une convergence d’intérêts pour participer à un événement majeur de la part de grands participants, tels que la Collection Michael Potter, l’Aviation royale canadienne, l’Armée de l’Air française, Boeing, Airbus, CAE, les villes de Gatineau et d’Ottawa, l’aéroport exécutif de Gatineau-Ottawa et plusieurs autres commanditaires, a permis d’aboutir à la prestation du spectacle Aero150 accueilli par les AEC à Gatineau le 30 avril dernier. Malheureusement, ce jour-là, la météo n’a pas décidé elle aussi de participer, mais plutôt de nous arroser d’une bonne douche de pluie durant toute la journée, qui a même redoublé en intensité exactement pendant la représentation de la PAF, la forçant même à écourter son numéro. Mais cela n’a pas réussi à altérer le bonheur d’une foule de plus de 12 000 personnes, venue assister principalement aux belles représentations des patrouilles de voltige aérienne canadienne et française, faisant vibrer leur fibre patriotique.

Décollage à quatre. On aperçoit la décoration spéciale peinte sur l’empennage arrière des Alphajet pour la tournée nord-américaine 2017!


Histoire de la PAF

La voltige aérienne a commencé en France en 1913. L’aviateur Adolphe Pégoud obtient son brevet de pilote le 1er mars de cette année-là. Engagé par Louis Blériot comme pilote d’essai seulement une semaine plus tard, il fera par la suite beaucoup parler de lui! Le 19 août de la même année, à l’aérodrome de Châteaufort, près de Versailles, il exécute devant public, malgré les interdictions des autorités civiles, le tout premier saut en parachute depuis une altitude de 300 mètres. Pendant sa descente, qu’il jugera tranquille, il observe son avion, un vieux Blériot XI sacrifié pour la cause, accomplir d’étranges figures, comme des montées en chandelle suivies de retournements et décrochages. Cela lui donne alors l’idée de reproduire lui-même ces figures. Le public va pouvoir assister aux exploits de Pégoud. Le 1er septembre suivant, il accomplit pour la première fois un vol sur le dos sur une distance de 400 mètres à Juvisy-sur-Orge. Le 21 septembre, à Buc, devant des représentants de l’aviation civile et militaire, il exécute un numéro d’acrobatie aérienne qu’il terminera avec l’un des tout premiers loopings connus à ce jour. La presse relate alors ses exploits dans toute l’Europe et même jusqu’en Russie. Plus d’une décennie plus tard, après la Première Guerre mondiale qui avait réclamé son lot de pertes de pilotes dont Pégoud lui-même mort au court d’un duel aérien, Alfred Fronval, chef pilote à l’école Morane-Saulnier de Villacoublay et champion du monde d’acrobatie, effectue 1100 boucles en 4 heures 56 minutes, le 3 février 1928. Il est l’un des premiers pilotes à prouver que l’acrobatie aérienne est la meilleure école de pilotage et non pas qu’un spectacle. En ce temps-là, les pilotes étaient associés avec des constructeurs aéronautiques. En 1931, le capitaine Amouroux, de l’école de perfectionnement de pilotage d’Étampes, crée la patrouille d’Étampes-Mondésir avec trois Morane-Saulnier MS 230. En 1935, cette patrouille se développe avec cinq MS 225, puis s’installe à Salon-de-Provence en 1937, prenant le nom de Patrouille de l’École de l’air. L’acrobatie se transforme alors en voltige aérienne. En 1938, l’incroyable patrouille du commandant Weiser, basée à Dijon, vole avec 18 appareils, des Spad 510 et Morane 230 à parts égales, attachés trois par trois les uns aux autres avec des cordelettes. Cette patrouille sera connue sous le nom de Cirque Weiser. Après la Deuxième Guerre mondiale, en 1947, malgré l’arrivée des avions à réaction, la patrouille composée de douze Stampe SV 4A basée à Étampes, créée par le ministère de l’Air par le capitaine Perrier, devient l’Escadrille de présentation de l’Armée de l’Air. Elle participera à des meetings aériens mais elle aura du mal à concurrencer les nouvelles formations de jets très impressionnantes, même si elle est soutenue par les puristes qui la préfèrent aux avions à réaction en démonstration.

Puis c’est le début des escadres de chasse et de leurs patrouilles respectives, tout d’abord avec l’utilisation du premier jet disponible : le de Havilland Vampire. En 1950, le lieutenant-colonel Gauthier de la 2e escadre de Dijon-Longvic commande une patrouille de quatre Vampire, puis passant à sept l’année suivante. La 4e escadre de Friedrichshafen possède sa patrouille de quatre Vampire. En 1952, celle de la 3e escadre de Reims est constituée de quatre Republic F-84G Thunderjet, sous le commandement du commandant Delachenal. En 1953, l’état-major de l’Armée de l’Air choisit cette dernière pour la totalité des manifestations aériennes. C’est la consécration. Au meeting d’Alger, le 17 mai 53, le commentateur Jacques Nœtinger, pilote écrivain et journaliste, s’exclame à la fin du spectacle, « Mesdames et Messieurs, la Patrouille de France vous salue! » Ce nom est toujours resté depuis! Arrive ensuite la transition au premier chasseur français, le Dassault MD450 Ouragan, que la PAF adopte jusqu’en 1956. L’Ouragan est un chasseur lourd aux commandes et sous-motorisé, mais il représente le fleuron de la chasse aérienne française. Il équipe en 1955 la 12escadre de Cambrai, puis en 1956 la 4e escadre de Bremgarten. Il convient de noter qu’en cette année 1956 apparaît une autre patrouille qui restera à la 12e escadre équipée dorénavant de Mystère IV A. La Patrouille de Bremgarten assurera tous les meetings sur le territoire français. Celle de Cambrai sera chargée des représentations à l’étranger. Un choix d’appareil va s’imposer : celui du Dassault Mystère IV A, nouveau fleuron de l’aéronautique française pouvant franchir le mur du son avec son réacteur de 3,5 t de poussée. Sous le commandement du leader, le lieutenant Capillon, on passera de six avions à neuf, puis à douze. C’est le début des peintures tricolores sur les ailes, puis des fumigènes tricolores avec la saison 1958. Les ailes en flèche donnent l’impression de vitesse pour le public. Mais pour les pilotes, elles réduisent la stabilité latérale, demandant plus de maîtrise et d’anticipation dans les changements de position en vol. En 1963, des restrictions budgétaires viennent à l’encontre de l’utilisation d’avions d’armes par la PAF. Elle est donc dissoute, mais comme le ministère des Armées ne veut pas voir disparaître le nom de Patrouille de France, elle est reformée en 1964 à Salon-de-Provence, où elle fusionne avec la Patrouille de l’école de l’Air. Elle en garde l’indicatif radio de ses pilotes, Athos (mousquetaires), et opère avec l’avion-école de l’Armée de l’Air en fonction : l’Aérospatiale-Potez Fouga CM170 Magister. En 1970, la PAF vole avec onze Fouga. En 1974, à cause du choc pétrolier, elle se restreint à neuf appareils. Cet avion sera utilisé durant 16 ans jusqu’à la fin de l’année 1980. Les pilotes l’appréciaient et le qualifiaient de libellule! Avec son faible taux de roulis, on ne pouvait pas faire des figures très dynamiques, mais il procurait souplesse et précision. Par contre, si on était semé par la formation, c’était difficile de la rattraper, car l’avion était sous-motorisé! Début 1981, la PAF utilise enfin l’avion-école Dornier-Dassault Alphajet, un appareil stable, aux commandes précises et qui accélère bien. Son souffle divergent de ses deux réacteurs donne 14,1 t de poussée et ne pénalise pas les équipiers arrière. Son taux de roulis étant élevé, ainsi de nouvelles figures apparaissent avec des présentations plus dynamiques et des vols sur la tranche prolongés. En 1982, la PAF passe à huit avions et restera ainsi formée jusqu’à maintenant. Le leader, nommé Athos 1, reste en poste pendant une année. Athos 2 et 3 sont de nouvelles recrues et volent comme ailiers rapprochés du leader. Athos 4 est le charognard qui, placé à l’arrière, bouffe littéralement les fumées des autres coéquipiers, mais qui deviendra le futur leader. Athos 5 et 6 sont les équipiers les plus éloignés du leader, ce qui leur demande beaucoup de savoir-faire pour tenir les formations. Athos 7 et 8 sont les solos. Finalement, Athos 9 est le remplaçant, le pilote le plus ancien, qui a l’expérience requise pour remplacer n’importe quel autre ailier de la formation.

La PAF est souvent parrainée par des célébrités, parmi lesquelles on compte le comédien Alain Delon, l’animateur Michel Drucker, le skieur Jean-Claude Killy, le prince Albert de Monaco, le judoka David Douillet, la chanteuse Carla Bruni-Sarkozy, le rugbyman Thierry Dusautoir ainsi que les astronautes Patrick Baudry et Jean-Loup Chrétien. La Patrouille fait régulièrement des tournées internationales. Elle était déjà venue voler au-dessus de la statue de la Liberté à New York le 4 juillet 1986 pour célébrer son 100e anniversaire. En 1989, elle a volé au Moyen-Orient, en 2000 en Asie du Sud-Est. Et finalement, cette année, elle est venue effectuer une tournée américaine dans le cadre de la célébration du centenaire du ralliement des États-Unis aux alliés en 1917, puis pour célébrer le 150e anniversaire du Canada et le 100e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy. La Patrouille de France nous a grandement honorés de sa visite!

Retour de la PAF, Athos 1, l’avion leader copieusement arrosé!

Photos : Pierre Lapprand

Sources et remerciements : Les Ailes d’époque du Canada, la Patrouille de France et l’Armée de l’Air française ainsi que Wikipédia.

 

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