PIERRE LAHOUD, L’HISTORIEN DEVENU PHOTOGRAPHE AÉRIEN

Coup de cœur du magazine Aviation

Imaginez fixer sur la pellicule mais aussi sur fichiers numériques l’intégralité du Québec ! Vue du ciel, s’entend. Eh bien, c’est ce qu’a réalisé ce résident de l’île d’Orléans. Des centaines d’heures de vol, des milliers de clics, des années de passion !

Pierre Lahoud
Pierre Lahoud, devant un pan de sa bibliothèque, chez lui à l’île d’Orléans.

En 1961, le gouvernement québécois crée le ministère de la Culture. Un inventaire du territoire, calqué sur le modèle français, est entrepris. Mais la Belle Province est immense. Cela prendrait 300 ans pour tout couvrir. Le temps passe. Puis une demande de portrait général, réalisable sur cinq ans, est soumise. Pierre Lahoud, historien de formation, se lance ainsi dans l’aventure. Nous sommes en 1975. Quelques appels d’offres auprès de diverses compagnies aériennes mènent à des ententes annuelles. Ainsi Tapis Rouge, Aérobec ou encore Grondair répondent présent. C’est à bord d’un Cessna 172 que le premier vol-photos se réalise. Les rouleaux de pellicule argentique fusent. Les résultats sont probants et répondent aux desiderata de l’administration. L’expérience se poursuivra jusqu’en 1980.

Un premier ouvrage

Son contrat achevé, Pierre Lahoud décide de continuer à immortaliser sa terre natale du haut des airs. En 1987, plus que jamais passionné par sa tâche, il publie un premier livre à compte d’auteur : Québec à ciel ouvert. C’est le début d’une longue, d’une très longue série ! Lors de notre rencontre en mai dernier, je lui demande s’il a encore quelques-uns des clichés pris à l’époque. «  Bien sûr ! Je ne suis pas jeteux », avoue-t-il. Et d’ajouter : « Je garde toutes les photos, même les floues. Au cas où, en guise de témoignage… Dans le futur, on pourra peut-être en faire quelque chose. On ne sait jamais. » Alors, combien de clics, en quarante et quelques années de patrouilles aériennes ? « Environ un million, dont la moitié sous forme de diapositives – de la Fuji Velvia ! Aujourd’hui, je tire essentiellement en numérique. J’ai 2 Nikon, un D800 – un peu lourd à mon goût – et un D750, plus pratique. »

Tout le Québec et plus encore…

De l’extrême sud à l’Ungava, d’est en ouest, en avion et en hélicoptère, Pierre Lahoud a survolé l’ensemble du Québec. Toujours en tant que passager. « Je n’ai jamais appris à piloter, me confie-t-il, mais je prends parfois les commandes pour le plaisir. » Sensible aux lignes droites et aux traits obliques, le photographe a de surcroît opéré aux États-Unis, en Angleterre et en France. Selon lui, les photos prises du ciel ne sont pas toujours représentatives de la réalité au sol. Par exemple, un bassin de décantation d’eaux usées peut arborer de splendides couleurs depuis un aéronef, alors qu’en bas, cela paraît plus qu’ordinaire. Idem pour certains villages. Mais à quelle altitude travaille-t-il ? « Mille pieds-sol (305 m). À cette hauteur, on a une bonne vue d’ensemble et les détails sont nets. » Inspiré par les travaux du photographe suisse Georg Gester, mon interlocuteur me sort de sa bibliothèque La terre de l’homme. Ce livre, paru en 1975, lui sert de référence. Pour qui s’intéresse à cet art si particulier, ce titre demeure évidemment un incontournable.

Pierre Lahoud livres
Une sélection partielle des livres publiés par ce prolifique photographe aérien.

Vues anciennes, vues nouvelles

Vingt-six ouvrages plus tard, Pierre Lahoud ne semble pas manquer de projets. Présentement, il reprend les mêmes photos que celles tirées dans les années 1930 par le Canadien William Bertrand Edwards. Le but étant de présenter un comparatif à saveur historique, voire sociale. Pour illustrer ce livre, qui sortira en 2017 aux Éditions GID, il survole les mêmes lieux et places, mitraille sous les mêmes angles, traque la même lumière. Au total, ce sont 75 clichés à calquer. Pas facile quand on sait que les conditions optimales pour la photographie aérienne ne se rencontrent qu’une vingtaine de jours par an ! Jamais en été à cause de la chaleur et de la brume. Jamais en hiver, car les teintes sont monochromes. Alors quand ? Entre la troisième semaine de mai et le tout début de juin. Le temps est normalement frais et clair. Et puis aussi en automne. Cette saison compte régulièrement quelques journées adéquates. Tout un défi ! Mais aussi tout un plaisir pour ce témoin du temps et de l’espace.

 

 

Quelques titres à recommander 

  • Le Québec à vol d’oiseau 1922-1982 (sorti en 2015). Prix : 32,95 $. Éditeur officiel du Québec.
  • Le Québec autrement dit (sorti en 2013). Prix : 37,95 $. Les Éditions de l’Homme.
  • Le Québec à couper le souffle (sorti en 2011). Prix : 39,95 $. Les Éditions de l’Homme.

 

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