COMMUNAUT’AIR, LA FORMULE AÉROCLUB SIMPLIFIÉE

COUP DE COEUR du Magazine Aviation

 

Créée il y a un an, cette association à but non lucratif permet à une vingtaine de membres de voler sur différents monomoteurs sans contraintes administratives et/ou pécuniaires. Basée à Joliette (CSG3) mais aussi présente à Lachute (CSE4) et à Saint-Hyacinthe (CSU3), Communaut’Air devrait prendre bientôt de l’expansion.

Jean-François Charette, cofondateur de Communaut’Air, à bord de C-GXRL (l’un des trois C172 de la flotte courante).

Ce projet, inusité au Canada mais courant en Europe, est né sous l’impulsion de Jean-François Charette et de Mathieu Lamontagne. Respectivement TEA/fondateur de JFC Aviation et TEA/propriétaire de Mécano Air Services, ces deux amis et collègues de longue date sont des figures bien connues du monde aéro québécois. Au fait des coûts et des obligations qu’entraînent l’acquisition et l’entretien d’un aéronef – si petit soit-il – ces deux professionnels ont pensé (à juste titre) que la création d’un aéroclub permettrait à nombre de pilotes de vivre leur passion sans se ruiner ni se compliquer l’existence.

Enjeux et embûches

Le concept de l’aéroclub n’est pas nouveau. Même au pays. Toutefois, il n’est pas toujours facile de monter puis de gérer une telle structure. En premier lieu, acquérir des avions (même basiques) requiert des fonds. Paiement comptant = immobilisation d’argent à long terme. Règlement à crédit = intérêts, garanties, etc. Pour pallier le problème, Jean-François et Mathieu ont mis sur le parc leurs propres machines et incité quelques clients de M.A.S. à joindre les rangs. Ainsi, point de financement ! De surcroît, les propriétaires impliqués dans ce projet (devenu réalité) voient leurs appareils entretenus (maintenance, stationnement, déneigement, nettoyage, etc.) sans frais. Les opérations mécaniques se faisant in situ, cela crée directement de l’ouvrage. Mais pour pouvoir démarrer, il ne suffit pas d’avoir une flotte d’aéronefs. Il faut compter aussi sur l’aval d’une compagnie d’assurances. Bénéficiant d’une certaine expérience en la matière, Jean-François (fils de l’assureur Ghislain Charette) a su comment négocier avec de grandes firmes. Le plan d’affaires, monté avec son collègue Mathieu, a été présenté (en anglais) directement aux directions compétentes. Résultat  en fin de sélection : de bonnes conditions, un super tarif, une franchise minimale. Mais ce n’est pas tout ! Une clause de pilote désigné ou Authorized Pilot permet à Communaut’Air d’ajouter directement les pilotes-membres sur ledit contrat, sans en référer à la compagnie d’assurances. Un plus dont ne jouit apparemment pas la majorité des autres aéroclubs canadiens.

Conditions et obligations

La nomenclature de Communaut’Air stipule qu’il ne s’agit pas d’une entreprise de location d’avions mais bien d’un aéroclub. On parle donc d’une organisation encadrant des sociétaires en règle et régissant la gestion d’aéronefs à dessein de loisirs. Les membres, obligatoirement pilotes et exempts de toute infraction aéro (dans les 3 ans précédents), sont officiellement actionnaires de la compagnie (moyennant 1 dollar symbolique). Le renouvellement de l’inscription est annuel. Donc, par définition, personne ne devient participant à vie. Une caution remboursable, d’un montant de 500 $, constitue la franchise en cas d’accident. Après avoir subi un test de compétences, dirigé par le chef pilote ou l’un des deux instructeurs accrédités, la recrue a ensuite accès – selon son niveau – à une sélection d’appareils. Un minimum de 10 heures de location demeure requis annuellement. En moyenne, les adhérents le dépassent largement. Enfin, afin de simplifier la gestion des réservations, Communaut’Air fonctionne via la plateforme, gratuite et en ligne Shlott.

 

Mathieu Lamontagne, cofondateur de Communaut’Air, devant un hydravion chez Mécano Air Services.

Une flotte traditionnelle mais constamment actualisée

Actuellement, Communaut’Air opère cinq Cessna. On dénombre ainsi un 150, trois 172, dont un Model N (année 1977) à conversion Penn Yan Aero’s 180 Horsepower SuperHawk, et un 210 C (année 1963) à train rétractable. Quatre de ces cinq avions – dont l’unique 150 – sont équipés de réservoirs long range. Profil voyage oblige ! On notera également que l’aéroclub sis à Joliette, dans l’optique d’optimiser les ressources en vol, maximise les instrumentations mixtes. On trouve donc sur certains tableaux de bord des Garmin G5, GTN 650, GTX 345 jouxtant les « pendules » originales. Enfin, sans que ce soit pour autant officiel, les membres devraient bientôt pouvoir voler sur un modèle à ailes basses. Un train classique semblerait aussi dans la mire… Sans faire de l’ombre aux écoles de pilotage, cette entité permet aux pilotes – jeunes et moins jeunes, privés et professionnels, et de tous niveaux – d’assouvir leur passion, voire de combler leurs besoins (monter des heures, naviguer loin ou varier d’avion) et de progresser. Favorisant l’encadrement, privilégiant la sécurité, minorant les frais d’opération et encourageant la camaraderie, cette formule se veut gagnante et durable.

 

Photos : Richard Saint-George

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