L’ACCÈS AUX SUPERFICIES AGRICOLES : UN PRIVILÈGE À PROTÉGER

Association montgolfière du Québec

Les sentiers de motoneige et de quad étaient les principaux visés par le mot d’ordre. (Crédit photo : site de l’Union des producteurs agricoles)

Le vendredi 3 février dernier, le monde du ballon poussait un soupir de soulagement : les producteurs agricoles de la province levaient le blocus qu’ils annonçaient vouloir appliquer dès le lundi suivant sur leurs terres. Ce blocus était en fait un mot d’ordre que les producteurs de la plupart des régions de la province avaient décidé de suivre, soit celui de retirer jusqu’à nouvel ordre le privilège qu’ils accordent volontiers aux divers sportifs et plaisanciers d’accéder à leurs superficies agricoles ou à leurs boisés pour la pratique de certaines activités sportives. Une mobilisation d’envergure pour tenter de régler une problématique importante pour eux : l’épineuse question de la fiscalité foncière des fermes. Par cette initiative, ils cherchaient à sensibiliser l’opinion publique et à faire pression sur le gouvernement québécois afin qu’il reporte l’application d’une réforme contestée du programme de crédit des taxes foncières agricoles, réforme qui faisait assumer à la grande majorité des producteurs un fardeau fiscal de 30 à 40 % plus important qu’avant la réforme.

Si, de prime abord, les activités liées à la motoneige et au quad étaient les principales visées par cette mobilisation hivernale, une prolongation des moyens de pression aurait nécessairement eu des répercussions sur une saison de montgolfière qui débute habituellement en mai. Et comme la montgolfière se pratique été comme hiver, on pouvait s’attendre à ce que certains producteurs refusent aussi l’accès aux montgolfières, même si cette activité n’était pas visée par le mot d’ordre. Une prolongation des moyens de pression aurait pu compromettre l’organisation et le financement des trois grands festivals de montgolfière au Québec.

L’Association montgolfière du Québec s’apprêtait à faire parvenir au premier ministre du Québec et au ministère du Tourisme, à l’instar de plusieurs des associations de motoneige et de quad québécoises, une lettre invitant le gouvernement à surseoir à l’application de la réforme pour entamer un réel dialogue avec le représentant des producteurs agricoles de la province. Elle signifiait ainsi son appui aux producteurs agricoles. D’autres associations avaient prêté leur voix à celle de l’Union des producteurs agricoles, notamment l’Alliance touristique du Québec et la Fédération québécoise des municipalités.

Mais pourquoi ce débat nous interpelle-t-il autant?

Parce que nous dépendons en grande partie de ce privilège d’accès aux terres agricoles pour pratiquer notre sport. 

Atterrissage sur une route sans fils. (Photo : Annie Tessier)

Ce que nous avons trop souvent tendance à tenir pour acquis, ce privilège, avait failli nous être retiré. La montgolfière nécessite plusieurs conditions pour pouvoir se faire : une météo favorable certes, mais d’abord et avant tout des lieux propices aux décollages et aux atterrissages. Si un pilote contrôle davantage le choix d’un site de décollage, il en est tout autrement pour son site d’atterrissage. Il peut avoir une idée du secteur vers lequel son vol le dirigera, mais il ne peut réellement être assuré du site exact où il se posera juste en étudiant les prévisions de vent. Il pourra ajuster son site de décollage si les vents tendent à le diriger vers une région ne permettant pas de marge de manœuvre pour des atterrissages sécuritaires. S’il nous arrive d’atterrir sur des routes qui ne présentent aucun fil, celles-ci sont plutôt rares!

Nous dépendons donc de la relation que nous réussissons à établir avec les propriétaires des espaces que nous survolons… et sur lesquels nous atterrissons! La courtoisie, l’empathie, la cordialité et surtout le respect du producteur et de sa propriété sont donc essentiels au maintien de ces relations. Lorsqu’en vol nous apercevons des superficies qui semblent adéquates pour nos manœuvres d’atterrissage, nos équipiers de poursuite vont à la rencontre du propriétaire pour lui demander la permission d’atterrir. Si on ne peut le trouver ou s’il nous dit non, on choisit un autre endroit.

L’équipe de poursuite prête à accueillir la montgolfière dans un champ de foin coupé. (Photo : Annie Tessier)

Si on ne peut le trouver mais qu’on doit atterrir, on s’assure de le faire le plus près possible de l’entrée d’un champ de foin ou de céréales coupés et on demande à nos équipiers de laisser le véhicule sur le bord de la route. Les équipiers nous aideront ensuite à « marcher » le ballon le plus près possible du véhicule et ainsi éviter les va-et-vient. On essaie de trouver notre propriétaire ensuite pour l’informer de notre atterrissage, le remercier et lui offrir de faire les cérémonies avec nous.

Les incidents peuvent arriver… ou comme disent les Chinois : shit happens

Il peut arriver à un pilote de connaître un problème et de devoir atterrir dans la culture et causer des dommages aux plantes. Dans l’image suivante, le pilote n’a pu se rendre jusqu’au champ de foin coupé qu’on voit en vert pâle tout au bas de la photo. Il a traîné sur une courte distance dans le champ de maïs pour terminer sa course dans une autre culture. La seule façon de régler une délicate situation, c’est d’abord de reconnaître qu’elle est arrivée! Si on quitte les lieux sans aviser le propriétaire, il s’en rendra compte au moment de la récolte et sera certainement surpris, voire outré, que personne ne l’ait avisé. On rencontre le producteur ou le propriétaire, on lui explique la situation avec transparence. Il est en colère? On démontre de l’empathie et on le rassure qu’on le dédommagera. Peut-être a-t-il vécu une situation semblable avec un collège qui s’est soldée par une mauvaise expérience pour lui et il se méfie des montgolfières. Il se montre compréhensif? On le remercie de sa compréhension et on l’assure de notre collaboration. Et on le dédommage! La culture est le gagne-pain des producteurs agricoles. Leurs terres et leurs équipements sont leur outil de travail. Les dommages sur une superficie en culture devraient en principe être compensés.

Envolée avec des producteurs agricoles de la région dans le cadre de l’International des montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu. (Photo : Annie Tessier)

Pour une meilleure compréhension mutuelle des enjeux de l’agriculture et des diverses contraintes entourant le vol en montgolfière, n’hésitez pas à faire monter à bord de votre montgolfière des producteurs agricoles de votre région. L’International des montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu organise, de concert avec le syndicat local de l’UPA, une activité de rencontre des pilotes et des propriétaires. Accompagnés d’enfants de diverses écoles de la région et de leur parent accompagnateur, les producteurs et les pilotes peuvent ainsi échanger et faire connaître, du haut des airs, le dynamisme agricole, les diverses cultures et les principaux élevages de la Montérégie.

 

 

 

 

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