LE VOL DE BROUSSE DANS LES ANNÉES 1920-1930

SAVIEZ-VOUS QUE…    

Une passion sans borne, presque inexplicable, anime les conquérants du ciel! Une mission spirituelle les pousse vers la liberté, l’aventure et le renouveau. Une soif insatiable tiraille certains esprits au tournant du 20e siècle, à une époque de dépression économique et de chaos politique. Ces êtres exceptionnels sont hantés par le charme du ciel, pays sans frontières, où l’on pourrait enfin retrouver la paix et la gloire!

La Première Guerre mondiale a permis à bien des Québécois d’acquérir des compétences de mécaniciens, de concepteurs, de constructeurs et de pilotes. Plus de 2000 rapatriés canadiens sont des pilotes de combat entraînés, dont certains veulent rester dans l’aviation. C’est ce qui sert de tremplin au développement du vol de brousse.

En 191 9, les territoires du nord de la province sont encore inexplorés. Mais cela va changer grâce aux intrépides pilotes de brousse et à leurs robustes appareils. Ces pilotes joueront un rôle essentiel dans l’exploration et la mise en valeur des abondantes ressources naturelles du Québec. Ils contribueront aussi à créer de véritables « routes du ciel ». Les pilotes de brousse québécois vivront des aventures légendaires dans la terre hostile du Grand Nord. L’hiver, ils devront affronter le froid glacial; l’été, le harcèlement des moustiques; et toute l’année, la solitude la plus totale et la plus absolue.

Pour survivre et rester sains d’esprit, ils doivent surmonter autant les contraintes de la nature que les caprices de leur machine volante. Afin de ne pas mourir de faim et éviter les accidents, ils apprennent donc à respecter cette toute nouvelle frontière : le ciel, tantôt amical, tantôt hostile.

Éloignés des grands centres urbains, ces nouveaux défricheurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Ils gèlent, ils luttent, ils s’ennuient de leur famille. Dans l’unique but d’éloigner la mort, ils doivent pratiquer tous les métiers reliés à leur nouvelle technologie et devenir mécaniciens, météorologues, navigateurs, infirmiers et… diplomates.

Pour bien raconter l’histoire des premiers aviateurs du Québec, il faut employer de grands mots : passion, mission, vision, sensation, émotion! Dans cette histoire, il y a autant de joies intenses qu’il y a de souffrance et de misère. À l’extase vécue à 2000 pieds d’altitude succède la terreur au contact brutal de la surface gelée d’un lac du Grand Nord.

Grâce à des hydravions à coque comme le Curtiss HS-2L, les pilotes ont accès à des milliers d’aéroports improvisés : les innombrables lacs et rivières du Québec.

Ils acheminent aussi le courrier et effectuent des levés et de la cartographie aérienne. En 1934, le Québec établit un record au Canada pour la quantité de marchandises transportées par avion : courrier, machines, blessés, malades, canots, médicaments et même des castors! Enfin, tout ce qu’on peut imaginer est alors transporté par la voie des airs.

Deux autres véritables bêtes de somme du ciel sont aussi dignes de mention : le Noorduyn Norseman, considéré comme le meilleur avion de brousse de son temps, et le Fairchild FC-2W2. Leur cabine fermée rend le vol plus confortable, surtout au cours des durs hivers québécois. Fini le temps des doigts gelés sur le manche à balai.

Jean-Marie Landry, Stuart Graham, Rodolphe Pagé, Arthur Fecteau et Roméo Vachon, entre autres, méritent tous l’admiration et le respect du milieu contemporain de l’aviation québécoise.

Au cours des prochaines chroniques, il sera question de ces précurseurs et de ces braves ainsi que de leurs « machines volantes » qui ont anobli le pilotage de brousse.

À suivre…

 

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