MELISSA HANEY

PREMIÈRE FEMME INUITE, PROMUE CAPITAINE À AIR INUIT

Crédit photos : Martin Cormier

Melissa Haney, commandante de bord chez Air Inuit

Le 15 août dernier, une nouvelle page de l’histoire de l’aviation canadienne et québécoise s’est écrite avec la présentation de la première femme inuite à occuper le poste de capitaine. Air Inuit a offert une magnifique réception en l’honneur de Mme Mélissa Haney, dont le parcours reste exceptionnel.

Dans les locaux d’Air Inuit, en plus du pilote Pierre-Olivier, époux de Mme Melissa Haney, de ses enfants et de sa famille, s’étaient réunis M. Pita Aatami, président d’Air Inuit, M. Noah Tayara, président du conseil d’administration, M. Christian Busch, vice-président Opérations et COO, M. Geoffrey Kelley, ministre responsable des Affaires autochtones, et Mme Lisa Bishop, pour The Canadian 99s, qui sont venus souligner la détermination, le courage et la persévérance de Mme Melissa Haney. Il faut mentionner ici la fierté du président d’Air Inuit d’avoir un membre de sa communauté devenir première femme inuite, promue capitaine. Il n’était vraiment pas le seul à vouloir souligner le parcours de cette femme qui s’est réalisée grâce à sa détermination.

Félicitations officielles offertes à Melissa Haney par M. Pita Aatami, M. Noah Tayara, et M. Geoffrey Kelley, ministre responsable des Affaires autochtones.

Mme Melissa Haney a vécu certainement un grand moment quand la Société canadienne des Postes a présenté un timbre émis à son effigie, l’immortalisant comme première femme inuite, pilote et commandant de bord sur un appareil commercial au Canada, un an après qu’elle ait reçu ses ailes de capitaine. Généreuse et reconnaissante envers les gens qui l’ont aidée, Mme Melissa Haney les a tous remerciés dans un discours empreint de dignité et de solidarité communautaires, des qualités déterminantes dans son parcours professionnel.

Une histoire de persévérance

Melissa Haney est née à Inukjuak, village du Nunavik, situé dans le nord du Québec. Tout faisait rêver cette petite fille qui vivait dans une communauté isolée où le seul transport public est l’avion. Elle ne rêvait pas comme les autres. Elle avait en elle ce goût de l’aventure, cette expression qu’elle se figurait passer par l’aviation. Mais c’était un rêve fou, un modèle de vie qu’elle voyait sans doute inaccessible. Car Melissa a vu sa petite enfance marquée par le décès de son père et de son déménagement vers le sud du Québec. Avec sa mère, elle s’installera dans les Cantons-de-l’Est, où elle passera son adolescence avant de finir des études au Collège John Abbott, un cégep anglophone de Montréal. Mais le rêve de la petite fille du Grand Nord était collé à son esprit. Ce serait dans l’aviation qu’elle ferait sa vie. Alors, il y a une quinzaine d’années, elle est devenue agente de bord chez Air Inuit.

Lisa Bishop, du The Canadian 99s, remet une plaque souvenir à Melissa Haney.
Deux chanteuses inuites et leur chant typique de la communauté inuite.

Vers les années 2000, Air Inuit prend de l’expansion et cherche des pilotes pour ses lignes commerciales dans le Grand Nord du Québec. C’est le moment qu’attendait Melissa Haney pour s’inscrire dans une école de pilotage de Cornwall en Ontario pour y recevoir une formation et réussir son brevet de pilote. La suite, on la connaît! Comme elle se plaît à le dire, « tant qu’à être toujours dans un avion, vaut mieux être aux commandes ». Elle passera et réussira ses examens de capitaine. Devenue commandante de bord d’Air Inuit, elle pilote maintenant un Dash 8 Combi-300 qui peut transporter 45 passagers, 1800 kilos de fret et doit souvent atterrir sur des pistes étroites du Grand Nord. C’est ainsi que par cette occasion qui lui était donnée, Melissa Haney a pu démontrer son intégration de femme inuite dans le monde de l’aviation. Par sa détermination, elle devient un modèle pour la jeune génération d’Inuits ou issue de communautés amérindiennes. En plus d’avoir la chance de rencontrer Mme Melissa Haney, première femme inuite capitaine, voici l’interview réalisée avec cette femme exceptionnelle par le magazine Aviation.

 

Discours du commandant de bord Melissa Haney

Magazine Aviation : Quels motifs personnels vous ont poussée à vous joindre au monde de l’aviation? Comment cela a-t-il germé dans votre tête?

Capitaine Melissa Haney : Quand j’ai commencé en aviation, je pensais que ce serait un défi personnel. À l’université, je n’étais pas certaine de mon choix de carrière. Je voulais vivre l’aventure et travailler avec les gens. Et une grande occasion de le faire s’est présentée quand j’ai intégré le monde de l’aviation. On m’a offert d’être agente de bord. Dès mes premiers vols, j’ai su que c’était cela que je voulais, mais je l’ai su vraiment seulement une fois que j’ai été promue capitaine alors que je volais comme agente de bord. « Si vous désirez vous trouver chaque jour dans un avion, c’est mieux d’être aux commandes! »

M.A. : Dans les années 2000, vous avez d’abord oeuvré comme agente de bord. Rêviez-vous déjà de ce futur qui est maintenant réalité?

C.M.H. : Cela a toujours été dans le fond de mes pensées. Je ne savais pas comment y parvenir. Je savais que j’aimais ce travail, mais jamais je n’aurais pensé devenir pilote. Un jour, après avoir discuté avec des pilotes, j’ai su que j’étais appelée à le devenir.

M.A. : Quel a été votre « feeling » lors de votre premier vol avec une école de pilotage?

C.M.H. : Ce fut un formidable « feeling». Je me suis souvent assise sur le « jump seat » en attendant le vol. Mais le vrai « feeling », ce fut de voler et d’être en contrôle des commandes. C’est comme un peu avoir une autre personnalité, être un peu en dehors de soi en volant, et ce, depuis le premier vol jusqu’à maintenant !

 M.A. : Comme vous faites partie de la communauté inuite, quels ont été les défis rencontrés avant de recevoir votre licence de pilote ?

C.M.H. : Déjà, grandir dans le Grand Nord du Québec était certainement un défi en soi. J’ai été très chanceuse d’être capable de faire mes études dans la région de Montréal. Il y a eu plusieurs obstacles. Le plus grand fut la langue. Ensuite, la culture et le fait de fréquenter diverses écoles dans différentes villes.

M.A. : Quels sont les moments les plus appréciés lors de vos vols?

C.M.H. : J’aime parler et voir mes passagers. À la fin de chaque vol, je me tiens à la porte et j’aime dire au revoir à chacun d’entre eux. Quand le vol a été difficile, c’est toujours plaisant de recevoir quelques remerciements pour un travail bien fait. J’aime aussi voler de nuit vers Montréal après avoir passé quelques jours dans le Nord. Le contraste des paysages dans la noirceur et les lumières qu’on retrouve dans les villes sont toujours agréables à regarder.

M. A. : Quel souvenir le plus précieux gardez-vous de votre premier contact ou lors d’un vol?

C.M.H. : J’ai vécu plusieurs grands moments. Mais le plus beau de tous, ce fut lorsque j’ai été promue capitaine. Nous étions arrivés après trois jours de travail quand je parlais du « feeling » de s’asseoir sur le siège de gauche. J’ai dit que j’aimerais devenir capitaine. En fait, le capitaine a prétendu aller à la salle de bain et a alors fait une annonce aux passagers à l’extérieur du cockpit. On avait donc déjà annoncé aux passagers que je devenais la première femme inuite capitaine et que j’avais passé l’examen quand nous sommes arrivés à Montréal. Alors que je faisais ma dernière « check list », l’agente de bord est venue voir si j’étais sortie. Je lui ai dit que je finissais mon travail et que je serais là dans une minute. Elle m’a alors demandé de sortir parce que quelqu’un m’attendait. J’ai ouvert la porte et mes yeux se sont grand ouverts. Ce fut un moment incroyable que j’ai partagé avec une tante qui était sur le vol. Ce fut vraiment spécial pour elle et moi.

M.A. : Comment arrivez-vous à concilier votre vie familiale avec vos enfants et votre époux qui est aussi à l’emploi d’Air Inuit?

C.M.H. : J’ai une famille formidable, que ce soit avec mon mari qui est aussi pilote, avec mes parents et mes beaux-parents. Mon mari et moi, nous nous aidons mutuellement. Nous comprenons ce que chacun de nous deux pense et nous essayons de rendre nos tâches plus faciles. Mes parents gardent souvent nos enfants quand nous travaillons. Mes beaux-parents voyagent beaucoup et nous visitent souvent pour de longues périodes et nous aident. Ça prend une communauté pour élever des enfants et ma communauté le fait!

M.A. : Quel impact avez-vous comme pilote commercial dans la communauté inuite du Grand Nord du Québec? Et comme première femme à le faire comme capitaine?

C.M.H. : J’espère que j’ai un réel impact positif. Quand j’étais jeune, je cherchais un modèle à suivre, pas seulement devenir pilote, mais j’ai trouvé quelque chose à aimer et à suivre comme un rêve. Devenir la première femme inuite capitaine est un grand accomplissement pour moi. Mais c’est démontrer que les femmes, les femmes autochtones, peuvent accomplir n’importe quoi.

 M.A. : Avec la connaissance actuelle que nous avons de la communauté inuite, pensez-vous voir bientôt une nouvelle cohorte de jeunes femmes qui vous imiteront?

C.M.H. : Bien sûr! Je l’espère! Il y a plusieurs jeunes femmes qui viennent me voir pendant que je travaille et elles me disent qu’elles veulent devenir pilotes. Je pense que c’est formidable.

M.A. : Quel rôle pouvez-vous jouer afin d’aider d’autres jeunes hommes et femmes de votre communauté afin de poursuivre leur rêve de devenir pilotes ?

C.M.H. : Je pense que le meilleur outil, c’est de leur parler, leur raconter mon histoire, tout en leur montrant les formidables possibilités pour eux, et cela, toujours en leur envoyant un message positif.

M.A. : Quels sont vos prochains défis ou projets de vie que vous aimeriez accomplir dans les prochaines années?

C.M.H. : D’abord, maintenant, je suis heureuse là où je suis. J’apprends de nouvelles choses chaque jour. L’an passé, j’ai suivi un cours passionnant. Air Inuit possède un jet et ainsi ce serait un but idéal à atteindre que de peut-être voler avec un jour. Le Nord s’agrandit et je pense qu’il y a un paquet d’occasions à prendre pour nous. Mon but demeure d’avoir un jour un équipage fait entièrement de femmes inuites. Nous avons un pilote, une agente de bord, mais pas deux femmes pilotes. Je voudrais voir ça l’un de ces jours. Je pense que cela va arriver bientôt.

M.A. : Merci, Capitaine Melissa Haney!

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